Le petit pont
L'ancien
Il est aussi vieux que le moulin lui même, puisque le canal du moulin est artificiel.
Il était alors en bois.
En 1792 quand les émigrés firent un retour rapide à Pouilly, il en est question : "Jean-François
Lambert, le garde-champêtre qui avait assez de caractère et de goût
pour les choses militaires, fut d'avis enlever aussi des
planches au petit pont sur le canal du moulin..."
On pourra lire un compte rendu de 1795 sur l'état des ponts. Ce compte
rendu est sur la page concernant le grand pont. (AD55 L 589)
Celui de 1835
En 1827 la famille Renard propriétaire de l'usine envisage des travaux
et une ordonnance royale, stipule dans sont article 11 :" Ils
allongeront et élargiront le petit pont en bois construit
sur ce canal, de manière à ce qu'il y ait 20 m de longueur d'une culée
à l'autre et 5 m de largeur entre les gardes corps."
En 1835 est reconstruit un nouveau pont, mais je n'en ai pas le détail.
On sait seulement qu'il ne faisait pas 20 mètres mais 18,60. Ce qui
posera des problèmes 35 ans plus tard...
Les réparations sur le pont de 1835
Le 05/05/1844 le conseil municipal présente une demande de secours pour la reconstruction du petit pont.
Le maire explique que "...le petit pont va se trouver presque hors
service, non pas par l'usage qu'en fait la commune, mais bien par le
fait des extrêmes dommages causés au dit pont par la navigation
ordinaire."
Et de citer l'exemple suivant :
"Hier encore plusieurs trains de flotte se sont trouvés engagés dans le
canal, et malgré les efforts des conducteurs sont venus s'établir en
travers de ce pont et lui ont fait éprouver un choc considérable et
fort dommageable, accident qui se renouvelle presque constamment..."
Le 08/05/1844 le sous préfet de Montmédy demande que l'ingénieur de la navigation donne son avis.
Le 12/07/1844, l'ingénieur répond :
"Par la délibération du 05/05/1844, le conseil municipal de la commune
de Pouilly expose que le pont situé sur le canal de navigation en aval
des usines se trouve dans un état de d'endommagement tel que des
réparations urgentes doivent y être exécutées, que la détérioration de
la charpente doit être attribuée aux chocs des bateaux et demande pour
ce dernier motif que le reconstruction ait lieu aux frais de l'état et
de la commune.
Je vous prie d'informer le maire de Pouilly (C'était
Charles Pognon,
mais remplacé dés le 04/05/1844 par Jean-Baptiste Launay) qu'il résulte
des renseignements produits par MM les ingénieurs de la navigation que
les travaux ne doivent consister que dans la reconstruction du tablier
des parapets, que les pieux des palées sont les parties les mieux
conservées, que ce n'est donc point au choc des bateaux que l'on doit
attribuer le mauvais état de la charpente du pont et qu'il n'y a pas
lieu d'accueillir la réclamation du conseil municipal."
Le rapport daté du 06/07/1844 nous apprend que "Ce pont est construit
en bois avec culée en moellons taillés. Le débouché de 19,10 m est
partagé en 4 travées séparées par des potées en bois. La travée
marinière est la 2 eme en partant de la culée droite et a 6.20 m de
largeur." (AD55 77S 44)
Le budget de 1844 nous apprend que 253 fr de réparation du petit pont ont été engagés.
Celui de 1846 en rajoute 929 fr mais parle de dépense aux ponts, puis 769,71 fr en 1847 (AD55 3 O 821)
Le pont de 1874Par délibération du 07/11/1867 le conseil municipal de Pouilly demande la reconstruction du pont sur le canal du moulin.
L'agent voyer le 19/01/1869 expose les faits :
"Le pont actuel est en bois, avec culées et murs en aile (sic) en
maçonnerie. Il se compose de 4 travées inégales, présentant ensemble 18
m de longueur et 5,10 de largeur entre le garde corps. Le tablier est
supporté par cinq cours de poutres avec sous-poutreaux, reposant sur
les paliers et les culées. Il est incliné irrégulièrement du milieu aux
extrémités. Un garde-corps en bois couronne les deux rives de l'ouvrage.
Sa dernière reconstruction remonte à 1835; aussi a-t-il été nécessaire
d'en réparer successivement diffèrentes parties. aujourd'hui l'ensemble
est menacé d'une ruine très prochaine, y compris les culées très
grossièrement et très peu solidement établies etc."
Suivent quelques considérations techniques sur le bon écoulement des eaux.
"Comme on ne peut tirer aucun parti du pont actuel dans la construction
nouvelle, le soussigné propose de reporter légèrement celle-ci sur la
gauche, afin de le faire mieux correspondre avec le tracé qu'il
convient d'adopter pour la rue basse.
Le nouveau pont aurait ainsi deux travées de 8,50 m de largeur chacune
formées de culées avec murs en retour et d'une pile en maçonnerie et
d'un tableir en dallage de pierre de taille reposant sur des
poutres en fonte surmontées d'un garde-corps en fer. Les culées
auraient 7 m de longueur, afin de pouvoir donner à la voie 6 m de
largeur..."
Mais le projet n'a pas la faveur de M. Adolphe Renard, propriétaire de l'usine. Il rappelle les termes de l'
ordonnance du roi en date du 20/06/1827
concernant les dimensions du pont etc. (Article 11) Il ergote sur
l'utilisation du mot "moitié" plutôt que "partie" dans la clause
concernant l'entretien de ce pont...
Fin 1871, le projet est toujours à l'arrêt. L'agent voyer s'adresse à
sa hiérarchie : "Le 19/12/1871 M. le sous-préfet soumettait ce projet à
la commune de Pouilly pour se mettre d'accord avec M. Renard,
propriétaire des usines, qui doit participer dans la dépense et pour
fournir ses observations. Ce dossier est toujours en mairie et n'a pas
encore reçu de solution depuis cette époque.
Le pont à reconstruire se trouve aujourd'hui dans un état de vétusté
qui compromet la sécurité de la circulation et importe de presser
l'exécution du nouveau pont si l'on veut éviter des accidents et ne pas
interdire le passage assez frèquent sur le dit chemin"
Le 01/05/1872 Adolphe Renard reste sur ses positions :"L'ordonnance
royale fixe les droits de la commune et les miens, nous n'avons pas à
en discuter. Le pont doit offrir aux eaux du canal un débouché de 20
mètres, sa largeur doit être de 5 mètres, mais la commune est libre de
lui en donner une plus grande. Quant à la longueur de 20 mètres sans
les culées, elle ne peut être réduite, les eaux qui déjà refluent sous
mes roues, diminueraient plus encore la puissance de ma chute, et je
n'y consentirais pas.
Je ne consentirais pas non plus à ce que le pont fut rapproché de mes
usines, le rapprochement leur porterait aussi un énorme préjudice. Dans
la reconstruction du pont, 8,64 m sur 5 de large sont à ma charge,
l'excèdent regarde la commune etc."
Le 29/05/1872 la commune adopte et vote le budget pour la
reconstruction du petit pont. Il reconnait le bien fondé de la
réclamation d'Adolphe Renard, concernant la longueur du pont soit 20
mètres et dit prendre à sa charge comme par le passé la moitié de ce
pont.
Le 10/11/1872 revirement au conseil municipal... Puisque le pont
construit par M Renard (en 1835 sans doute) n'était pas conforme à
l'ordonnance de 1827, (18,20 m au lieu de 20) et que les 18,20 m ont
suffi depuis 40 ans aux usines, ils doivent suffire encore aujourd'hui.
Le 07//07/1873, suite à adjudication, François Bonne, entrepreneur
reconstruit le pont sur le canal du moulin de Pouilly.
Le 12/07/1874, Adolphe Renard propriétaire de l'usine précise qu'il est d'accord pour payer sa part
La réception des
travaux a lieu le 15/11/1874. (AD55 8 O 589)
Le 24/06/1874 la commune peut encaisser la somme due par M. Renard pour sa quote-part dans la dépense de reconstruction du pont.
Depuis 1874
Le 22/03/1903 en réunion de conseil, Il est question des perrets du
petit pont : "Fourniture et transport de 15 m3 de moellons en bonnes
pierres. Les matériaux seront ... en place. Les 2/3 derrière le jardin
de M. le curé, le 1/3 à gauche du pont, dans un délai d'un mois et à 4
francs le m3.
Pendant la première guerre il fut détruit comme nous l'apprennent les
reconnaissances effectuées par le lieutenant colonel Somerwell de la 89
ème division américaine en novembre 1918 : "Plus loin un île faisait
l'objet de deux ponts supplémentaires, qui
avaient été plus complètement démolis, mais demeuraient praticables
pour un homme en bonne forme physique.". Voir la
libération de Pouilly
C'était alors un pont en pierre comme on le voit sur d'anciennes cartes postales.
On peut aussi remarquer le lavoir sur la droite.
Jean Guichard racontait qu' après la première guerre et dans l'attente
d'un pont neuf, une passerelle partant de la pointe de l'île (le
camping actuel, jusqu'à la tour du jardin du presbytère) avait été
installée. On l'appelait la "dandinette" tant elle
balançait au dessus de l'eau. Elle était en effet faites de câbles et
de planchettes !
Il fut donc reconstruit entre les deux guerres pour mieux sauter en juin 1940. L'histoire se répète...
Il fut donc remplacé par une passerelle en bois de construction
précaire. Cette passerelle un jour devint dangereuse suite au passage
(entre autres) d'un camion de débardage de bois. Andrée Bocquenet,
notre gazette de Pouilly, vint prévenir à l'école de la dangerosité de
l'emprunter.
Dans les années cinquante il devint ce pont de béton assez disgracieux, de style blockhaus que nous connaissons.
On lui a donné longtemps le nom de "Pont Humbert", puisqu'à coté du café tenu , justement par le père Humbert.
Les jeunes l'ont ensuite rebaptisé le petit pont.